SUD OUEST DIMANCHE 19.10.2008
Un radieux miracle
« Un conte d'été polonais ». Andrzei Jakimowski filme un petit garçon à la recherche de son père et sa sœur à la recherche d'un travail. Une œuvre aérienne, poétique, lumineuse. Qui a aussi de la force
SOPHIE AVON
Un conte d'été, nous indique le titre. Rien n'est moins sûr en vérité, lorsqu'on a vu ce film - le deuxième d'Andrzej Jakimowski -, et que s'efface le dernier plan : un enfant aux grands yeux liquides regarde son père avec intensité, sur le quai d'une gare.
Bien sûr, les contes ne racontent que cela, des histoires de gosses craignant d'être abandonnés ou dévorés par leurs parents, et ce film tendre, lumineux, est tout entier porté par la recherche de ce petit garçon qui voudrait retrouver son père. Mais « Un conte d'été polonais », malgré sa beauté aérienne, malgré ses détails poétiques, ses envols de pigeons blancs, ses trains qui passent et filent dans la nuit, a quelque chose de solide, d'âpre, qui l'ancre dans le réel et singulièrement dans la vérité d'un pays. La Pologne, donc, et cette petite bourgade où vivent le jeune Stefeck, sa grande sœur et sa mère, circonscrivant immédiatement le récit à une façon de vivre.
Ici, on n'est pas bien riche, mais on a la foi. On croit dans le destin, on le veut radieux, et Stefeck et sa sœur n'en finissent pas d'observer les choses, les gens et la façon dont la chance leur sourit C'est un hamburger emballé dans un mauvais papier sur lequel ils parient qu'il finira sa course dans une poubelle, via un clochard et une mère de famille. C'est un vendeur de pommes qui n'arrive pas à attirer de moindre client. C'est un train qui entre en gare et dans lequel montera ou pas un homme d'affaires. Jusqu'aux pigeons apprivoisés que Stefeck ne sait pas faire envoler quand il ouvre leur vaste cage. Pugnace, le petit garçon n'aura de cesse de trouver le moyen de provoquer leur envol. Car Stefeck n'est pas seulement un gamin têtu au regard clair. Il fait partie de ces personnages d'enfant dont la détermination est déchirante parce qu'ils croient aux miracles de tout leur cœur.
Quand Stefeck aperçoit l'homme d'affaires sur le quai, il sait tout de suite qu'il s'agit de son père, dont on comprend qu'il est parti des années avant. Sa grande sœur a beau lui dire que non, qu'il se trompe, il sait que cet homme est nécessaire à sa vie, qu'il suffira de croiser les doigts, de jeter quelques pièces sur les rails et de le vouloir très fort pour influencer le destin.
C'est l'histoire d'un petit blond qui décide que la bonne fortune sourit à ceux qui savent la provoquer
Simple promenade às uspense. «Un conte d'été polonais » est l'histoire de ce petit blond qui décide que la bonne fortune sourit à ceux qui savent la provoquer. C'est aussi l'histoire de ses rapports avec sa grande sœur qui lui apprend à patienter, à contempler le monde, à ne jamais lâcher prise. Et même si elle est la première à essayer de détourner Stefeck de son père supposé, elle a une façon de l'aimer, de l'entourer, et de le comprendre qui en dit long sur son désir à elle. D'ailleurs, tous les deux sont dans une même espérance, lui du retour paternel, et elle, d'un travail qui l'émancipe.
Avec de minuscules rebondissements donnant du suspense à une simple promenade, avec une mise en scène limpide, qui trouve l'équilibre parfait entre la beauté des visages et l'hétérogénéité de la ville filmée de loin, comme si elle était à la fois familiale et inaccessible, avec une justesse de regard qui lui permet de rester dans le point de vue de l'enfant sans jamais tomber dans la mièvrerie ou le sentimental, Andrzej Jakimowski réalise une œuvre splendide dont on sort bouleversé.
« Sztuczki»,
d'Andrzej Jakimowski. Avec Damien Ui, Ewelina Wlalendziak, Rafal Guznicsak, Durée : 1 h 35. En salle mercredi.
La grande sœur de Stefeck (Damien Ui) lui apprendra à patienter mais à ne jamais lâcher prise